L'architecture contemporaine en Bretagne
critique parue dans
Place publique #01
La Bretagne et l’architecture contemporaine ? A priori, cela ne marche pas. Image du pavillon néo-breton collant aux basques, si l’on peut dire, d’un chromo d’ardoises et de granit armoricain. Erreur. Ce cliché mérite la mort. L’innovation architecturale dopée par la commande publique fait de la Bretagne un quasi-labo de l’édifice contemporain. Pour se convaincre de l’appétit créateur de la région, il suffit de parcourir l’excellent ouvrage publié par Coop Breizh recensant dans les grandes largeurs les pièces significatives de « l’Architecture contemporaine en Bretagne » aux 20e et 21e siècles.
C’est un festival de formes et d’audaces qui donne raison au facétieux poète Max Jacob, de Quimper, notant déjà avant-guerre : « La Bretagne est un miracle. Elle absorbe les autos, les maisons à la Corbusier, le rouge aux lèvres, sans cesser d’être la Bretagne ». Rapportant ce propos, le préfacier Daniel Le Couédic n’a garde d’oublier à quel point « le régionalisme autrefois discrédité » retrouve « une subtile actualité » dans les formes architecturales d’aujourd’hui. Du monumental – palais de justice de Nantes, Champs Libres à Rennes, Théâtre de Cornouaille à Quimper – à l’habitat individuel (les fameuses « maisons d’architectes » !), ce livre d’images balaye une étonnante diversité d’expressions immobilières. Leur caractéristique commune est de s’imposer à nous avec une sorte d’évidence. Comme si notre regard « breton » avait fini par s’éduquer au contact répété du bâti novateur.
Cet ouvrage de référence accorde aussi une large place aux textes explicatifs : interviews des maires de Rennes, Nantes, Lorient et Saint-Nazaire, entretien avec des architectes comme Philippe Madec. S’y ajoutent des analyses qui ne sombrent pas dans la bienveillance tiédasse. C’est ainsi que Dinard et Saint-Malo se voient reprocher de « rester désespérément à la traîne » dans le domaine du contemporain. Le célèbre Ricardo Boffil, en charge de la requalification de l’ancienne gare de Dinard, est même accusé de vouloir « inscrire la station balnéaire dans une esthétique rétrograde ».
Dans cette utile nomenclature de la Bretagne d’aujourd’hui, on regrettera toutefois l’absence d’index des lieux et des architectes de même qu’un découpage trop platement départemental. On eût préféré pour la beauté du geste que l’ouvrage puisse s’abstraire de ces frontières géographiques et qu’il regroupe les œuvres par auteurs, par tendances, par genres ou par thèmes. Le livre n’y consent, avec succès, qu’au terme de son parcours, avec un excitant chapitre intitulé « Tout au black ». Dans ces pages ultimes coexistent les 26 lofts de Chantepie (Eric Lenoir), les bureaux « Calligramme » de Saint-Herblain (Roulleau-Puaud), la salle de spectacle Onyx de Saint-Herblain (Nouvel et Vitard), la salle des sports de Dinard (Cobi et Moga)… Soudain, dans leur insistance, ces bâtisses noires prennent un relief, un poids esthétique et pour tout dire un sens inédit.

Georges Guitton

Maryse Quinton et Jean-Louis Violeau, photographies d’Armel Istin, Architecture contemporaine en Bretagne XXe-XXIe siècle, Coop Breizh, 192 pages, 49 €.