Bloc-notes
Bernard Boudic, rédacteur en chef de Place Publique
Trois visages en gros plan, chacun sur un écran. Deux de femmes et un d’homme. Les images ne sont pas figées. On perçoit les mouvements des lèvres, des yeux, comme des tressaillements furtifs… On se demande s’ils se regardent les uns les autres, ou s’ils fixent le spectateur. Ou s’ils scrutent l’avenir, tandis qu’un haut-parleur débite sur un ton monocorde ce que l’on devine être une série de nombres et que, par terre, des cubes noirs figurent les pixels qui composent une image numérique. Tous les trois semblent très tristes en tout cas, comme si « Ce qui vient » était plus redoutable que désirable. Parfois, ils sont prêts à pleurer. Mais la raison de leur abattement (une mauvaise nouvelle, un deuil ?) nous échappe et cette ignorance nous émeut profondément. L’œuvre de Frédéric Dumond est l’une de celles que j’ai le plus appréciées parmi les installations, les vidéos, les découpages présentés au couvent des Jacobins jusqu’au 18 juillet. Résultat d’une confrontation entre un plasticien-vidéaste et le monde de l’entreprise (Frédéric Dumond a été accueilli pendant un mois chez Supalumic à Bourg-des-Comptes), cette œuvre a suscité, selon son PDG, un grand intérêt parmi les salariés de l’entreprise. Il l’a dit à Corinne Bourbeillon d’Ouest-France : Maintenant, « l’art contemporain semble plus accessible ».
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Il y a bien sûr d’autres œuvres, exposées aux Jacobins, qui peuvent inciter à réfléchir, à se poser des questions. Comme ce gigantesque panneau (au moins 2,20 m sur 7 m) qui réunit par des flèches les mots de la crise, de l’écologie, de l’informatique, de l’espace à la façon d’un circuit imprimé ou du graphisme très complexe des aiguillages de voies ferrées. Tout dépend de tout, agit sur tout, nous dit ainsi Julien Prévieux. « Le futur doit être dangereux », renchérit Dora Garcia en lettres d’or. Et l’on peut s’amuser de la préparation longue et minutieuse de la balançoire de Mauro Cerqueira, de son point d’appui et du contrepoids (un carton de verre brisé) qu’il installe à l’une des extrémités du levier avant de sauter sur l’autre et, catastrophe annoncée, de recevoir sur la tête le contenu tranchant de son carton. Ou bien sourire (jaune parfois) à l’exercice de science-fiction auquel se livre Marie Velardi (« Futurs antérieurs, 21e siècle ») sur cette frise où elle a reporté des extraits d’ouvrage qui nous parlent d’un futur probable. Lisez ceci : « 30 février 2054. Depuis que les progrès de la science ont permis d’améliorer la santé des Anciens, personne n’a le droit de travailler avant 40 ans, âge à partir duquel on ne reçoit plus de pension et l’on doit commencer à travailler. Jusque là, les jeunes peuvent s’instruire et élever leurs familles. Les femmes, elles, commencent à travailler à l’âge de 50 ans ». C’est signé Dave Dyfoos (New Hire), ça date de 1951 et c’est bien actuel.
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Grimpez aussi sur l’escalier de Michel de Broin. Éternel recommencement où l’on revient toujours à son point de départ, comme si l’homme était incapable de s’arracher définitivement à sa condition. N’oubliez pas que « Ce qui vient » a aussi investi sept autres lieux, du musée des Beaux-arts à La Criée en passant par le Grand Cordel, le Triangle, le centre culturel du Colombier et la galerie 40mcube. Et emportez avec vous l’un ou l’autre des catalogues, des ouvrages, des affiches présentées aux Jacobins dans une vraie librairie d’exposition. Les Champs Libres, après l’échec de leur librairie, si mal placée, pourraient y prendre de la graine.
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Puisqu’on parle tourisme… Le métro est sans doute l’une des attractions de Rennes. Un aller-retour Kennedy-La Poterie (mais on peut aussi choisir l’inverse…) à l’avant de la première voiture est une expérience qui amusera les enfants. Mais le degré de propreté des ascenseurs n’est pas tout à fait digne d’une ville qui fait du tourisme urbain son cheval de bataille. Des détritus divers s’accumulent, à tous les étages, entre les cabines et les cages, sur quelques centimètres d’épaisseur. Elles se sédimenteront bientôt pour le bonheur des archéologues des temps futurs. Les voyageurs sont sensibles à ces détails. Jacques Attali a écrit récemment que Roissy est l’un des aéroports les plus sales du monde. C’est peut-être vrai. Dans bien d’autres aéroports, rien ne traîne, tout est nickel comme un sou neuf. On en dirait autant des villes.
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J’ignore quel a été le poids de Place Publique (voir mon précédent Bloc-notes) dans la décision que vient de prendre le Crédit mutuel de Bretagne. Toujours est-il que l’état de quasi-abandon où étaient tenus depuis des mois, quai Lamartine, les guichets automatiques de la banque est terminé. Des travaux viennent d’y être engagés et l’on est confus, si nous y sommes pour quelque chose, d’avoir si vite et si facilement, conduit une entreprise si présente dans la région à mettre son comportement en accord avec son éthique. Il existait autrefois dans certains quotidiens régionaux une rubrique dite du piéton, tenue par un journaliste qui se faisait une spécialité de noter chaque jour dans la ville les détails qui fâchent, le manque d’entretien dans telle rue, les travaux trop lents, la signalisation défaillante, la crotte de chien négligente. Aujourd’hui les journalistes ont d’autres préoccupations et l’intérêt exigeant que certains portaient à leur ville a été laminé par l’individualisme ambiant. C’est peut-être dommage. Cela fait partie de la qualité de la ville. Rennes est-elle agréable, propre, amène comme on dit ? Globalement oui. Mais une opération de benchmarking (d’étalonnage, d’évaluation comparative) comme en dit en langage d’entreprise ne serait pas inutile. Le diable se niche dans les détails. Combien de diables et où, dans les villes comparables ? Le Baro’métropole mis en place pour suivre la « durabilité » du développement du territoire métropolitain à l’aide, notamment « d’indicateurs de positionnement nous situant sur une échelle fixée en référence à des métropoles comparables (je relis pour bien comprendre le jargon) comporte justement un projet n° 9 « Agir ensemble pour un environnement de qualité ». Il comprend trois critères : qualité de l’air, ordures ménagères résiduelles, et déchets ménagers totaux. Et si on mesurait aussi ce que nous voyons de la ville qui nous entoure ?
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C’est un exercice réussi ! L’École d’architecture vient de publier le n° 2 de sa revue Exercice(s) d’Architecture chez Bookstorming. J’avais dit l’an dernier, en septembre, tout le bien que je pensais de cette revue aussi épaisse que Place Publique. Son contenu en trois parties, des « points de vue de professionnels », des « pratiques pédagogique » disséquées par les enseignants de l’école et des « travaux d’étudiants », est une promesse (tenue) de variété encore agrémentée par des « questionnaires indiscrets » auxquels répondent les architectes Jean-Christophe Masson et Gaëlle Hamon, François Seigneur, Nicolas Michelin, Pierre Lajus et le philosophe Olivier Mongin, directeur d’Esprit. On pourra retenir dans cette livraison de bout en bout intéressante l’invitation de François Seigneur à « réapprendre le désordre ». Pour résumer sa pensée, au risque de la trahir, disons qu’il constate que « l’architecture et l’urbanisme ne font plus l’effort d’intégrer les écritures issues de l’individu ou d’un groupe, qu’elles soient spontanées, traditionnelles, affectives, pratiques, techniques ou symboliques ». Nous sommes, dit-il, « dans le rationnel sans partage ». Il ajoute : « L’habitat s’est laissé prendre au piège de l’ingénieur ». L’architecture est devenue « un objet froid et rentable » et ne produit plus que « ces constructions primaires et incapables d’absorber le moindre signe de vie ». « Il est inconcevable que nous soyons tous logés dans le même quadrillage ordonné et stérile ». « Si la multiplication des procédures techniques de mise en œuvre, recommandées ou obligatoires, tente de nous faire croire que l’ensemble de la construction est maîtrisé (sécurisé), en ne laissant aucune place aux écritures spontanées qui pourraient la compléter, elle réussit surtout à établir un diktat formel planétaire, depuis le choix du terrain jusqu’à la poignée de porte… Si le désordre seul mène à l’anarchie, l’ordre dans l’ordre et l’ordre sur l’ordre mènent à l’autoritarisme et à la dictature ». Aussi, François Seigneur lance-t-il un appel à « redéfinir des architectures ouvertes, souples, repérables et moins ordonnées », malgré l’indifférence énervée ou désespéré « des politiques, des financiers, des administratifs et des commerciaux ». « Il est urgent, dit-il, de réapprendre le désordre. Il est urgent de réapprendre l’architecture comme un équilibre entre l’ordre et le désordre ».
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Cette remise en cause du droit, du carré et de la géométrie planifiée au profit d’une plus grande spontanéité m’a remis en mémoire les propos d’Odile Decq, l’architecte du Frac de Beauregard, dans le numéro 3 de Place Publique : « La ville, comme simulacre de domesticité permanente, ce n’est pas la réalité de la vie. C’est plus âpre que ça. On a besoin) d’aspérités pour comprendre que la vie ce n’est pas toujours aimable. Quand à Paris, la mairie a voulu mettre du dallage partout, là où il y a avait du sable, des endroits pas toujours bien plats, sous prétexte d’éviter que les gens se foulent la cheville, on a tout rendu lisse. Eh bien, le lisse, ce n’est pas la vie. La vie, ça a des aspérités, des hauts et des bas, du relief. Les villes sont sans aspérités, toutes propres, sans odeurs. Tout ça m’exaspère beaucoup. Toutes les villes ont ce défaut-là, aujourd’hui. »
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Nous élirons donc en 2014 des conseillers territoriaux qui remplaceront à la fois les conseillers généraux et les conseillers régionaux. Le nombre d’élus sera stable en Morbihan (42 conseillers territoriaux au lieu de 42 conseillers généraux) et il ne variera qu’à la marge dans le Finistère (55 au lieu de 54) et en Ille-et-Vilaine (58 au lieu de 55). Au contraire, il tombera de 52 à 36 dans les Côtes-d’Armor. Cette modification – qui obligera sans doute à des retraites anticipées du côté de Saint-Brieuc – donnera, pour chacun des quatre départements de la région Bretagne un élu pour environ 17 000 habitants. Comme l’explique le gouvernement dans l’exposé des motifs de l’amendement voté par l’Assemblée nationale, « ce nombre n’a souvent aucun lien direct avec la population départementale. C’est ainsi que le Puy-de-Dôme compte 61 conseillers généraux pour à peine 625 000 habitants, soit quasiment autant que la Gironde (plus de 1 400 000 habitants), quand la Vendée en compte seulement 31 pour 600 000 habitants et le Vaucluse seulement 24 pour près de 540 000 habitants ». On veut bien, mais on comprend mal que persistent des inégalités si flagrantes, vestiges d’un passé dont on souhaite tant se défaire par ailleurs.
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Les conseillers territoriaux siégeront donc à la fois au conseil général de leur département d’élection et au conseil régional. En Bretagne, le nombre des membres de l’assemblée régionale va brusquement exploser, bondissant de 83 à 191. Certes le nombre des conseillers territoriaux sera inférieur à celui des élus départementaux et régionaux d’aujourd’hui (284). Mais il faudra prévoir des constructions nouvelles : ce n’est pas si simple de réunir près de 200 élus pour délibérer dans de bonnes conditions. Justement le conseil régional prévoit de déménager du boulevard Patton à La Courrouze. Date prévue : 2014. Ça tombera bien.
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Bernard Boudic, rédacteur en chef de Place Publique
Trois visages en gros plan, chacun sur un écran. Deux de femmes et un d’homme. Les images ne sont pas figées. On perçoit les mouvements des lèvres, des yeux, comme des tressaillements furtifs… On se demande s’ils se regardent les uns les autres, ou s’ils fixent le spectateur. Ou s’ils scrutent l’avenir, tandis qu’un haut-parleur débite sur un ton monocorde ce que l’on devine être une série de nombres et que, par terre, des cubes noirs figurent les pixels qui composent une image numérique. Tous les trois semblent très tristes en tout cas, comme si « Ce qui vient » était plus redoutable que désirable. Parfois, ils sont prêts à pleurer. Mais la raison de leur abattement (une mauvaise nouvelle, un deuil ?) nous échappe et cette ignorance nous émeut profondément. L’œuvre de Frédéric Dumond est l’une de celles que j’ai le plus appréciées parmi les installations, les vidéos, les découpages présentés au couvent des Jacobins jusqu’au 18 juillet. Résultat d’une confrontation entre un plasticien-vidéaste et le monde de l’entreprise (Frédéric Dumond a été accueilli pendant un mois chez Supalumic à Bourg-des-Comptes), cette œuvre a suscité, selon son PDG, un grand intérêt parmi les salariés de l’entreprise. Il l’a dit à Corinne Bourbeillon d’Ouest-France : Maintenant, « l’art contemporain semble plus accessible ».
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Il y a bien sûr d’autres œuvres, exposées aux Jacobins, qui peuvent inciter à réfléchir, à se poser des questions. Comme ce gigantesque panneau (au moins 2,20 m sur 7 m) qui réunit par des flèches les mots de la crise, de l’écologie, de l’informatique, de l’espace à la façon d’un circuit imprimé ou du graphisme très complexe des aiguillages de voies ferrées. Tout dépend de tout, agit sur tout, nous dit ainsi Julien Prévieux. « Le futur doit être dangereux », renchérit Dora Garcia en lettres d’or. Et l’on peut s’amuser de la préparation longue et minutieuse de la balançoire de Mauro Cerqueira, de son point d’appui et du contrepoids (un carton de verre brisé) qu’il installe à l’une des extrémités du levier avant de sauter sur l’autre et, catastrophe annoncée, de recevoir sur la tête le contenu tranchant de son carton. Ou bien sourire (jaune parfois) à l’exercice de science-fiction auquel se livre Marie Velardi (« Futurs antérieurs, 21e siècle ») sur cette frise où elle a reporté des extraits d’ouvrage qui nous parlent d’un futur probable. Lisez ceci : « 30 février 2054. Depuis que les progrès de la science ont permis d’améliorer la santé des Anciens, personne n’a le droit de travailler avant 40 ans, âge à partir duquel on ne reçoit plus de pension et l’on doit commencer à travailler. Jusque là, les jeunes peuvent s’instruire et élever leurs familles. Les femmes, elles, commencent à travailler à l’âge de 50 ans ». C’est signé Dave Dyfoos (New Hire), ça date de 1951 et c’est bien actuel.
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Grimpez aussi sur l’escalier de Michel de Broin. Éternel recommencement où l’on revient toujours à son point de départ, comme si l’homme était incapable de s’arracher définitivement à sa condition. N’oubliez pas que « Ce qui vient » a aussi investi sept autres lieux, du musée des Beaux-arts à La Criée en passant par le Grand Cordel, le Triangle, le centre culturel du Colombier et la galerie 40mcube. Et emportez avec vous l’un ou l’autre des catalogues, des ouvrages, des affiches présentées aux Jacobins dans une vraie librairie d’exposition. Les Champs Libres, après l’échec de leur librairie, si mal placée, pourraient y prendre de la graine.
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Puisqu’on parle tourisme… Le métro est sans doute l’une des attractions de Rennes. Un aller-retour Kennedy-La Poterie (mais on peut aussi choisir l’inverse…) à l’avant de la première voiture est une expérience qui amusera les enfants. Mais le degré de propreté des ascenseurs n’est pas tout à fait digne d’une ville qui fait du tourisme urbain son cheval de bataille. Des détritus divers s’accumulent, à tous les étages, entre les cabines et les cages, sur quelques centimètres d’épaisseur. Elles se sédimenteront bientôt pour le bonheur des archéologues des temps futurs. Les voyageurs sont sensibles à ces détails. Jacques Attali a écrit récemment que Roissy est l’un des aéroports les plus sales du monde. C’est peut-être vrai. Dans bien d’autres aéroports, rien ne traîne, tout est nickel comme un sou neuf. On en dirait autant des villes.
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J’ignore quel a été le poids de Place Publique (voir mon précédent Bloc-notes) dans la décision que vient de prendre le Crédit mutuel de Bretagne. Toujours est-il que l’état de quasi-abandon où étaient tenus depuis des mois, quai Lamartine, les guichets automatiques de la banque est terminé. Des travaux viennent d’y être engagés et l’on est confus, si nous y sommes pour quelque chose, d’avoir si vite et si facilement, conduit une entreprise si présente dans la région à mettre son comportement en accord avec son éthique. Il existait autrefois dans certains quotidiens régionaux une rubrique dite du piéton, tenue par un journaliste qui se faisait une spécialité de noter chaque jour dans la ville les détails qui fâchent, le manque d’entretien dans telle rue, les travaux trop lents, la signalisation défaillante, la crotte de chien négligente. Aujourd’hui les journalistes ont d’autres préoccupations et l’intérêt exigeant que certains portaient à leur ville a été laminé par l’individualisme ambiant. C’est peut-être dommage. Cela fait partie de la qualité de la ville. Rennes est-elle agréable, propre, amène comme on dit ? Globalement oui. Mais une opération de benchmarking (d’étalonnage, d’évaluation comparative) comme en dit en langage d’entreprise ne serait pas inutile. Le diable se niche dans les détails. Combien de diables et où, dans les villes comparables ? Le Baro’métropole mis en place pour suivre la « durabilité » du développement du territoire métropolitain à l’aide, notamment « d’indicateurs de positionnement nous situant sur une échelle fixée en référence à des métropoles comparables (je relis pour bien comprendre le jargon) comporte justement un projet n° 9 « Agir ensemble pour un environnement de qualité ». Il comprend trois critères : qualité de l’air, ordures ménagères résiduelles, et déchets ménagers totaux. Et si on mesurait aussi ce que nous voyons de la ville qui nous entoure ?
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C’est un exercice réussi ! L’École d’architecture vient de publier le n° 2 de sa revue Exercice(s) d’Architecture chez Bookstorming. J’avais dit l’an dernier, en septembre, tout le bien que je pensais de cette revue aussi épaisse que Place Publique. Son contenu en trois parties, des « points de vue de professionnels », des « pratiques pédagogique » disséquées par les enseignants de l’école et des « travaux d’étudiants », est une promesse (tenue) de variété encore agrémentée par des « questionnaires indiscrets » auxquels répondent les architectes Jean-Christophe Masson et Gaëlle Hamon, François Seigneur, Nicolas Michelin, Pierre Lajus et le philosophe Olivier Mongin, directeur d’Esprit. On pourra retenir dans cette livraison de bout en bout intéressante l’invitation de François Seigneur à « réapprendre le désordre ». Pour résumer sa pensée, au risque de la trahir, disons qu’il constate que « l’architecture et l’urbanisme ne font plus l’effort d’intégrer les écritures issues de l’individu ou d’un groupe, qu’elles soient spontanées, traditionnelles, affectives, pratiques, techniques ou symboliques ». Nous sommes, dit-il, « dans le rationnel sans partage ». Il ajoute : « L’habitat s’est laissé prendre au piège de l’ingénieur ». L’architecture est devenue « un objet froid et rentable » et ne produit plus que « ces constructions primaires et incapables d’absorber le moindre signe de vie ». « Il est inconcevable que nous soyons tous logés dans le même quadrillage ordonné et stérile ». « Si la multiplication des procédures techniques de mise en œuvre, recommandées ou obligatoires, tente de nous faire croire que l’ensemble de la construction est maîtrisé (sécurisé), en ne laissant aucune place aux écritures spontanées qui pourraient la compléter, elle réussit surtout à établir un diktat formel planétaire, depuis le choix du terrain jusqu’à la poignée de porte… Si le désordre seul mène à l’anarchie, l’ordre dans l’ordre et l’ordre sur l’ordre mènent à l’autoritarisme et à la dictature ». Aussi, François Seigneur lance-t-il un appel à « redéfinir des architectures ouvertes, souples, repérables et moins ordonnées », malgré l’indifférence énervée ou désespéré « des politiques, des financiers, des administratifs et des commerciaux ». « Il est urgent, dit-il, de réapprendre le désordre. Il est urgent de réapprendre l’architecture comme un équilibre entre l’ordre et le désordre ».
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Cette remise en cause du droit, du carré et de la géométrie planifiée au profit d’une plus grande spontanéité m’a remis en mémoire les propos d’Odile Decq, l’architecte du Frac de Beauregard, dans le numéro 3 de Place Publique : « La ville, comme simulacre de domesticité permanente, ce n’est pas la réalité de la vie. C’est plus âpre que ça. On a besoin) d’aspérités pour comprendre que la vie ce n’est pas toujours aimable. Quand à Paris, la mairie a voulu mettre du dallage partout, là où il y a avait du sable, des endroits pas toujours bien plats, sous prétexte d’éviter que les gens se foulent la cheville, on a tout rendu lisse. Eh bien, le lisse, ce n’est pas la vie. La vie, ça a des aspérités, des hauts et des bas, du relief. Les villes sont sans aspérités, toutes propres, sans odeurs. Tout ça m’exaspère beaucoup. Toutes les villes ont ce défaut-là, aujourd’hui. »
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Nous élirons donc en 2014 des conseillers territoriaux qui remplaceront à la fois les conseillers généraux et les conseillers régionaux. Le nombre d’élus sera stable en Morbihan (42 conseillers territoriaux au lieu de 42 conseillers généraux) et il ne variera qu’à la marge dans le Finistère (55 au lieu de 54) et en Ille-et-Vilaine (58 au lieu de 55). Au contraire, il tombera de 52 à 36 dans les Côtes-d’Armor. Cette modification – qui obligera sans doute à des retraites anticipées du côté de Saint-Brieuc – donnera, pour chacun des quatre départements de la région Bretagne un élu pour environ 17 000 habitants. Comme l’explique le gouvernement dans l’exposé des motifs de l’amendement voté par l’Assemblée nationale, « ce nombre n’a souvent aucun lien direct avec la population départementale. C’est ainsi que le Puy-de-Dôme compte 61 conseillers généraux pour à peine 625 000 habitants, soit quasiment autant que la Gironde (plus de 1 400 000 habitants), quand la Vendée en compte seulement 31 pour 600 000 habitants et le Vaucluse seulement 24 pour près de 540 000 habitants ». On veut bien, mais on comprend mal que persistent des inégalités si flagrantes, vestiges d’un passé dont on souhaite tant se défaire par ailleurs.
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Les conseillers territoriaux siégeront donc à la fois au conseil général de leur département d’élection et au conseil régional. En Bretagne, le nombre des membres de l’assemblée régionale va brusquement exploser, bondissant de 83 à 191. Certes le nombre des conseillers territoriaux sera inférieur à celui des élus départementaux et régionaux d’aujourd’hui (284). Mais il faudra prévoir des constructions nouvelles : ce n’est pas si simple de réunir près de 200 élus pour délibérer dans de bonnes conditions. Justement le conseil régional prévoit de déménager du boulevard Patton à La Courrouze. Date prévue : 2014. Ça tombera bien.
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